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Tahar Djaout, 23 ans depuis que son rêve de paix s’est tu…

09 Mar

Tahar DJAOUT

(Né le 11 janvier 1954 à Oulkhou – assassiné le 2 juin 1993 à Alger)

Poète, romancier et journaliste algérien francophone.

 

Raison du cri

 

S’il n’y avait ce cri,

En forme de pierre aiguë

Et son entêtement à bourgeonner

 

S’il n’y avait cette colère,

Ses élancements génésiques

Et son sac constellant,

S’il n’y avait l’outrage,

Ses limaces perforantes

Et ses insondables dépotoirs,

 

L’évocation ne serait plus

Qu’une canonnade de nostalgies,

Qu’une bouffonnerie gluante,

 

Le pays ne serait plus

Qu’un souvenir-compost,

Qu’un guet-apens

Pour le larmier.

 

Nota Bene – la traduction en roumain de ce poème peut être consultée en ligne, à partir du lien suivant :

Tahar DJAOUT, Rostul strigătului (poem)

 

Poème pour Nabiha

Je rentrerai du voyage

Et te trouverai endormie.

Le raffût des meubles se sera tu,

Les bêtes en douceur se seront éclipsées,

Et tous les tambours de la maison seront devenus peaux

Vivantes mais discrètes.

J’arrive toujours dans la suspension juste des pulsations,

Quand la chaux, l’argile et leur blancheur ont tout réoccupé.

 

J’arrive

Et je vois peu à peu l’émersion ;

 

Toi d’abord qui orchestres couleurs et mouvements,

Redonnes leur tapage aux bestioles,

Dirigés des vols périlleux.

Puis les objets,

Fiers de leurs prouesses,

Déclenchent l’élan des manèges.

 

Tu chercheras les chiens acrobates du rêve

Entre les draps étonnés,

Tu secoueras un à un les poudroiements de la lumière

Et la vie se réinstallera.

 

Tu te réveilles

Et la maison devient un carnaval

 

(Extrait de « Perennes », 1983)

 

Source :

« Djaout traduit » par Kader Rabia, en : Actualités & culture berbères, n° 74/75, publication de l’ACB (Association de Culture Berbère) automne-hiver Paris 2013, pages 32 -33.

 

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