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Panait Istrati dans mes souvenirs

19 Avr

De Panaït Istrati, 81 ans après son voyage eternel…

"Le tapis volant de la Teïenne", par Diana Adriana, Sulina, 2011

« Le tapis volant de la Teïenne », par Diana Adriana, Sulina, 2011

 

Je l’ai connu très jeune, dans mon village, à travers les lectures de ma mère qui, considérablement impressionnée par le vécu de son personnage Adrien Zograffi, a baptisé mon petit frère de ce prénom, sans que notre père proteste. A-t-elle peut-être mêmement reconnu dans l’existence de l’écrivain des épisodes de sa propre existence ? Vu les origines ottomans de mon grand-père ?         

Mon frère et moi sommes grandis baignés de l’esprit de la bibliothèque de nos parents, dominée par l’œuvre de ce natif  danubo-braillois qui nous a influencés plus tard, pareil à l’éducation de nos parents, d’une manière assez subtile, les choix de vie. Tout d’abord l’étrange détermination de mon frère de s’installer dans le Delta du Danube, à la fin de ses études de Médecine, suivis auprès d’une université bucarestoise. Personne de notre famille ne pouvait comprendre cette passion à lui pour le Delta, le seul coin de notre pays où nous n’avons jamais mis les pieds lors des vacances passées avec nos parents en fin d’été, loin de notre petit village, toujours du 24 août au 7 septembre.  

Maintenant, mon propre vécu parisien m’interpelle. Car si Panaït Istrati se retrouve dans mes souvenirs, il demeure à l’heure dans mon présent parisien. Au moins depuis que sa « Kyra Kyralina » veuille les nuits de ma chambrette. Au moins depuis que ce récit m’est revenu en français au bout de décennies. Je l’ai reçu en cadeau le lendemain des Pâques catholiques, le 28 mars passé… J’ai déploré les mots qui ont accompagné la sacré remise du cadeau… « Je ne sais pas si tu connais cet auteur roumain… », me dit-il,  mon Mécène imprévu. Connaître ?! Hélas ! Je l’ai vécu ! Et je le vis encore…

Je mène même depuis un réel temps, une vie fortement semblable à celle-là de cet irremplaçable maître spirituelle qui me fut Panaït Istrati lors des années heureuses de mon enfance. Il demeure en symbiose avec toute mon enfance, mes souvenirs de fillette et la passion de ma mère pour sa lecture. L’arrivée de ce livre m’a plongé dans mes songes d’enfant arrosés par la séduction de la voute des nuits d’été, par la blancheur du manteau de neige, par le parfum d’absinthe du savon préparé par les mains de ma mère, par le saule-pleureur qui ombrait le vert de nos dimanches sur le petit pâturage de la famille et le bleu-opaque des ondes du ruisseau de Mozakoù… L’arrivée de Panaït Istrati dans ma chambrette vient d’influencer de nouveau mon chemin, ma voie, mon étoile…  

J’ajoute ci-contre, en hommage à ma mère, une brève présentation biographique de l’écrivain qu’elle tant aimé, juste pour rafraîchir notre propre mémoire :

Né à Braila, sous le signe du Lion, de mère roumaine et de père grec, le 11 août 1884, Panaït Istrati représente l’accomplissement du chemin d’un grand voyageur ainsi que du travail d’un chroniqueur rebelle de son époque, du journaliste, de l’écrivain bilingue, français-roumain. Une phtisie, rebelle comme lui, incurable à l’époque, lui a éteint à jamais la curiosité vertueuse de ses yeux spécifiques aux gens des Balkans, le 16 avril 1935. La mort l’a trouvé en paix avec soi-même, avec la disparition du Levant de son enfance, avec les contraints d’un Occident déboussolé à l’aube de l’arrivée de la Seconde Grande Guerre, sur le sol de la capitale du pays de ses ancêtres maternels, Bucarest… Il y a 81 ans…   

Séduit par l’inconnu de l’au-delà de la ligne de l’horizon, il a quitté son Braila à ses 20 ans, pour vivre un peu partout : en Roumanie – de Bucarest à Constantza, en Egypte, Syrie, Italie, Liban, Palestine, France, Suisse, Union soviétique, Grèce. Ses séjours ailleurs furent entrecoupés par nombre de retours en Roumanie.

A la fois syndicaliste et romantique, de personnalité ouverte, passionnelle, il me semble un admirable nomade de regard sociologique et d’affection réflexive sur le destin des mortels, un bonhomme en quête de chaleur humaine.

J’oserai diviser ses multiples voyages en deux parties, ayant pour critère le changement géopolitique provoqué dans l’Empire ottoman et en Europe, par la Grande Guerre de ’14 – ’18 : les errances levantines de jeunesse et les errances occidentales de sagesse, toujours arrosées par les contes du Danube et de la Mer Noire.

Les « errances levantines de jeunesse » lui ont inspiré les récits du début des années 20, qui reconstruisent sa rencontre avec le mouvement socialiste ainsi que la traversée des pays sans frontières de l’Empire Ottoman.

Lors de ses « errances occidentales », ses yeux et ses tripes continuent sa traversée d’un nouveau monde européen contrarié et irréversiblement renversé par l’irruption des communistes et des fascistes, tous annonçant, les uns que les autres, lors de la propagande d’entre les deux guerres, « l’homme nouveau » au « visage humain. » Aux confins de ce monde nouveau, deux pays contradictoires le monopolisent : la France et l’Union soviétique.

Panaït Istrati a vécu si tumultueux et omniprésente que ses biographes n’ont pas réussi se mettre entièrement d’accord sur la chronologie de ses faits. Pourtant, il y a un certain accord tacite portant sur ses derniers huit ans de vie.

Suite à ses va-et-vient en Union soviétique, de Moscou à Kiev, à côté parfois de Nikos Kazantzakis, de 1927 à 1929, il dévoile, une fois de retour en France, dans ses écrits, les réalités de la satrapie stalinienne… Sujet d’une campagne calomnieuse menée à son encontre par ses vieux camarades communistes français, notamment Henri Barbusse, il retourne en Roumanie d’où fait des allers-retours entre Bucarest et Nice, pour soigner sa maladie impitoyable.

Visionnaire et humaniste, pressentant peut-être l’arrivée de la fin de sa vie, il consacre son temps aux articles d’analyses sociales parues dans la revue « La croisade roumaine ». Ce que lui a attiré l’épithète de « fasciste » attribué par les communistes, et celui-là de « cosmopolite, réactionnaire » par les autorités des pays déchirés par la confrontation de ces deux grands groupes apparemment opposés, les communistes et les fascistes, ayant toutefois le même but : obtenir le pouvoir (totalitaire).

Les confrères le surnommaient « Gorki des Balkans »…

Œuvre littéraire éditée en France

(sélectif)

Récits d’Adrien Zograffi : Kyra Kyralina, 1923 ; Oncle Anghel, 1924 ; Présentation des haïdoucs, 1925 ; Domnitza de Snagov, 1926 ;

Le Refrain de la fosse. Nerrantsoula, 1927

Les Chardons du Baragan, 1928

 Mes Départs, 2005 (Éditions Hâtier Poche)

Articles dans « Les Nouvelles Littéraire ».

 

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