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Minuit à Lovfry – Poème lu au Festival Lil’Auteurs

24 Sep

Minuit à Lovfry

à Matoub Lounès

Lulli de Teiu

Lulli de Teiu

 

 

 

J’amarrais à minuit

L’acewiq n ayri w[1]

Au petit donjon songeur

De la maison blanche

De Lovfry.

 

Et l’ajuaq[2] nouait

Au blason de mon front

Le beau aggenur[3]

Aux A y ahlili[4] du rossignol…

 

 

J’ai quitté à l’aube,

Cœur brisé, ancre à la dérive,

L’île de l’éphémère paradis

Aux murmures du vitrail polymorphe…

 

Tu es resté, je suis partie…

La Seine seule pleura cette nuit

Au trille mélodieux du rossignol

Prenant son envol vers Irhallen[5],

Loin de mon donjon luisant

Où frémit encor ardent

L’éclat de l’amour errant…

 

Tu es resté, je suis partie,

Cœur à la dérive.

 

Doux chant de rossignol,

Ne me laisse pas rêver,

Toute seule, au seuil de l’automne !

Reviens-moi, à minuit,

Au donjon abandonné à Lovfry,

Je t’aime !

Hemmla-gh k !

 

 

Notes:

[1] Acewiq n ṭayri w (< kabyle): Le chant de mon amourAcewiq: chant interprété par les femmes ; ayri: amour.

[2] Ajouak (flûte) : c’est l’instrument de la solitude, utilisé généralement par les bergers ; il est par excellence l’instrument des poètes mystiques.

[3] Aggenur : châle pour couvrir la tête, porté par les femmes au sud algérien.

[4] A y ahlili : titre d’une chanson de Matoub Lounès (1956-1998), chanteur et poète kabyle engagé dans la revendication identitaire berbère.

[5] Irhallen : centre universitaire de Kabylie d’où est partie la revendication identitaire berbère en Algérie.

 

Poème lu au Festival Lil’Auteurs, Les Lilas, le samedi 23 septembre 2016

Mise en ligne à Paris, le 24 septembre 2016

 

 

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