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La Fleuvitude – escale aux « Poètes du Rhin »

01 Oct

 « Les Poètes du Rhin »

ou

La guerre des Plumes : Nikolaus Becker et Alfred de Musset

Avec Aimé Eyengué et Liss Kihindou, le 24 septembre 2016

Avec Aimé Eyengué et Liss Kihindou, le 24 septembre 2016

Il était une fois les poètes romantiques… Rêveurs et patriotes, Nikolaus Becker et Alfred de Musset ont remplacés l’épée par la plume…

« Escale aux Poètes du Rhin » – extrait du colloque « Voyager en poésie… Avec les poètes de la Fleuvitude », initié et animé par le poète Aimé Eyengué à la Médiathèque de Chelles, samedi le 24 septembre 2016

« Rheinlied » [1] – réponse du poète Nikolaus Becker à Adolphe Thiers,

le Premier ministre du Royaume de France [2] 

– lecture par Marilena Lica-Masala

 

Ils [3] ne l’auront pas, le libre Rhin allemand,

Quoiqu’ils le demandent dans leurs cris comme des corbeaux avides ;

Aussi longtemps qu’il roulera paisible, portant sa robe verte ;

Aussi longtemps qu’une rame frappera ses flots.

Ils ne l’auront pas, le libre Rhin allemand,

Aussi longtemps que les cœurs s’abreuveront de son vin de feu ;

Aussi longtemps que les rocs s’élèveront au milieu de son courant ;

Aussi longtemps que les hautes cathédrales se refléteront dans son miroir.

Ils ne l’auront pas, le libre Rhin allemand,

Aussi longtemps que de hardis jeunes gens feront la cour aux jeunes filles élancées.

Ils ne l’auront pas, le libre Rhin allemand,

Jusqu’à ce que les ossements du dernier homme soient ensevelis dans ses vagues.

1840.

(Traduction de l’allemand)

Avec Liss Kihindou, Chelles, le 24 septembre 2016

Avec Liss Kihindou, Chelles, le 24 septembre 2016

« Le Rhin allemand », réponse du poète français Alfred de Musset au poète allemand Nikolaus Becker

– lecture par Liss Kihindou

Nous l’ayons eu, votre Rhin allemand :
Il a tenu dans notre verre.
Un couplet, qu’on s’en va chantant,
Efface-t-il la trace altière
Du pied de nos chevaux marqué dans votre sang ?

Nous l’avons eu, votre Rhin allemand.
Son sein porte une plaie ouverte,
Du jour où Condé triomphant
A déchiré sa robe verte.
Où le père a passé, passera bien l’enfant.

Nous l’avons eu, votre Rhin allemand.
Que faisaient vos vertus germaines,
Quand notre César tout-puissant
De son ombre couvrait vos plaines ?
Où donc est-il tombé, ce dernier ossement ?

Nous l’avons eu, votre Rhin allemand.
Si vous oubliez votre histoire,
Vos jeunes filles, sûrement,
Ont mieux gardé notre mémoire ;
Elles nous ont versé votre petit vin blanc.
S’il est à vous, votre Rhin allemand,
Lavez-y donc votre livrée ;
Mais parlez-en moins fièrement.
Combien, au jour de la curée,
Étiez-vous de corbeaux contre l’aigle expirant ?

Qu’il coule en paix, votre Rhin allemand ;
Que vos cathédrales gothiques
S’y reflètent modestement,
Mais craignez que vos airs bachiques
Ne réveillent les morts de leur repos sanglant.

1841.

 

Notes :

[1] « La chanson du Rhin », chanson très populaire au long de la Confédération germanique, lors de la « Crise du Rhin » de 1840, une crise plutôt diplomatique entre le Royaume de France et la Confédération germanique (39 états, dont la Prusse, l’Empire Autrichien, la Bavière, le Bade, le Wurtemberg, le Hesse, le Hambourg, le Luxembourg). La « guerre » et les hostilités se sont portées notamment entre les plumes des poètes romantiques des deux parties, dont la rivalité la plus célèbre fut entre Nikolaus Becker (1809 – 1845) et Alfred de Musset (1810 – 1857).

[2] La déclaration d’Adolphe Thiers, qui exprima la revendication du gouvernement français de possession de la rive gauche du Rhin décrite comme « la frontière naturelle de la France », a été à l’origine de la nouvelle Crise du Rhin de 1840.

[3] Ils (Sie, en allemand) : il est sous entendu que le poète Nikolaus Becker désigne les Français.

 

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