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La bibliothèque grise

07 Nov
Lina Stern, Sunny Day Design - Asemic

Lina Stern, Sunny Day Design – Asemic

Au croisement d’une vaste bibliothèque grise…

 

Motto

Rabban Shim’on fils de Gamliel dit : le monde tient sur trois choses : sur le droit, sur la vérité et sur la paix, comme il est dit : <<Vérité et sentence de paix, tels doivent être vos jugements entre vos portes.>>

(Zacharie 8:16). I-18

 

Hier soir, j’ai croisé une vaste bibliothèque grise dans un bistro du dix-septième arrondissement parisien…

Tenu par un très gentil tout comme accueillant cabareteur et situé à mi chemin de deux gares, ce bistro est devenu le lieu des merveilleuses rencontres artistiques… L’une donc, celle-là dont je souhaite témoigner, s’est passée juste hier soir…

Non, ce ne fut pas mon mérite. Je dois ce croisement, eh, oui, à mon voisin Idir qui habite quelque part, pas très loin de tout façon.

Hier soir, j’ai croisé une vaste bibliothèque grise… Je suis encore sous le charme de ce croisement… Pour qu’elle me soit accessible, s’est métamorphosée mystérieusement en Être habillé tout en gris…

En bas de son chapeau gris, deux noires prunelles et un regard qui semblaient venir de loin, de l’aube des avant-guerres.

– Oui, – répondit, d’une voix pénétrant les ténèbres, l’Être tout en gris à ma pensée en transe -, je viens de loin, de très loin…

Et je me réveille dans les bras d’un majeur étonnement… Est-ce que c’est vrai ce que m’arrive ? Est-ce que c’est bien moi qui croise cette vaste bibliothèque errante habillée tout en gris ?!

Son doigt magicien ouvrit naturellement plusieurs livres de ses anciennes étagères comme un mal de fantômes…

Celui-là inachevé de Benjamin Fondane ou bien du ghetto de Varsovie, le livre des Ashkénazes polonais, puis le guide des égarés accompli par la plume sage du Sage Maïmonide…

Soudain, vers minuit, déguisée en conteur, la vaste bibliothèque grise invoqua Léonard Cohen et m’invita à chanter les Hallelujah en pas de danse… Le haut ciel tint sa respiration… La nuit sombra en silence… Arbres et hommes se turent… Dans cet épais silence que sa voix en transe répétant <<Alléluia>> selon un rituel me demeurant inconnu. Et nos pas sur le carrelage noir et blanc du bistro, essayant garder le rythme traditionnel dans le blanc de cette nuit sans commencement, sans fin…

***

Tard, dans le nocturne abondant de gris et de silence, trois ombres grises accompagnaient volontiers la vaste esseulée  bibliothèque, jusqu’à la grille de son ensommeillée demeure.

***

Aujourd’hui, touchée de plus par l’histoire grise de cette presque inoubliable rencontre, je me suis vêtue tout en gris…

Par solidarité avec l’inarrachable solitaire vaste bibliothèque grise… Par amour fraternel pour sa douce fabuleuse présence traversant le gris nocturne… Par union avec son homérique appétit de vie, de chant, de musique, de danse…

Par confraternité avec ce frêle et sage paladin épris d’un profond amour de l’homme et de sa pérennité des fois follement fragile.

 

Paris, le 7 novembre 2018

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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