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Fernando d’Almeida (1955 – 2015), Poèmes

19 Avr

Depuis un quart d’année

 

Fernando d'Almeida, Cameroun

Fernando d’Almeida, Cameroun

Il n’a pas plu

Depuis un quart d’année

Pour que je te rejoigne dans l’Absolu

Pour que j’emboîte tes pas

Demeurés fidèles au dieu venu d’ailleurs

 

Tant de dogmes pour rien

Si ce n’est pour subvertir à nos rires païens

Et pour quelle Thora nous soustraire à notre paganité

Mais tais-toi laisse-moi tutoyer et chahuter

Le dieu mimant sa colère à l’entrée d’un fleuve

 

Voix psalmodiante du désert

Ma foi est dans le dieu blotti sous la pierre

Et dans la motte en terre battue me rappelle

À ma naissance à mon animisme

Ma foi naît de l’interprétation des cauris

 

Extrait du recueil « L’arrière – pays mental »

 

Plénifier le jour

Ivre de clarté

J’avance

Dans la nuit

Hélant

L’abîme incréé

Sur la route

Livre combat

À la solitude

À mesure que

J’avance

Dans la nuit

 

Non loin

D’un arbre profané

Un poère – diacre

De l’inaltérable

Exulte

D’avoir reçu vocation

De faire délirer les fleuves

Tandis que s’esclaffe

La réalité

 

L’errante terre maintenant

Prend vérité

Dans l’obscure grotte où soudain

Le dieu des carrefours

S’éprend de rancune

Ai-je déserté l’enclos

Où se solennise le réel

Que savanise le poème…

 

Extrait du recueil « L’arrière pays du mental », 1991

 

Après un enterrement

Le cercueil tangua

Puis descendit finalement

Dans la béante tombe

L’accompagnaient quelques gerbes

 

– Des pleurs firent voler en éclats

Mon cœur inhabitué aux pleurs 

 

Mais lorsque nous reprimes

Le chemin concassé du retour

Des rires scandaient notre marche

Et j’aperçus au loin

La séduisante veuve

Qui s’essuyait le visage

Pour embrasser son amant

 

– À la maison accrochée sur le mur

L’effigie du mort souriait à la vie

 

Rayonnante de beauté la veuve

Répondiat aux condoléances

En opinant de la tête

Mais ses yeux rivés sur son amant

Trahissaient sa nouvelle joie de vivre

Tandis qu’assis à même l’amertume

Nous buvions à la rasade

Notre bol d’absurdité

 

Bonamoussadi, août 1987

 

Extrait du recueil « L’arrière pays du mental », 1991

 

Que de mots nomades

Réinventent

Sous l’épiderme des choses

Le vacarme de l’existence

 

Extrait du recueil « Parages du langage », quatrième couverture, coédition Henry & Ecrits des Forges, 2008

 

Poèmes choisis par Kouam TAWA

 

 

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  1. Guillaume EKOUME

    20 avril 2015 à 12 h 53 min

    Que les mots ici scande la profondeur de l’homme et la grandeur de son âme.
    Merci Marilena, tu viens de réaliser là mon voeux le plus absolu. Rendre cet hommage à cet illustre Homme crieur de Maux par le chant et le rire de ses mots. Qu’il vive à jamais dans nos coeurs…
    Guillaume

     
    • Marilena

      25 avril 2015 à 6 h 07 min

      C’est moi encore qui te remercie, cher Guillaume, de la découverte de Fernando d’Almeida et de sa poésie.

       
    • Marilena

      25 avril 2015 à 6 h 16 min

      Ravie de savoir que nous sommes de même côté de la vérité !
      Mes hommages aux confrères de ton pays qui est l’un des pays de mon âme,
      Marilena