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De la Fleuvitude – interview avec l’écrivain Aimé EYENGUE (4)

07 Juil

De la Fleuvitude

– Interview avec l’écrivain Aimé EYENGUE –

(quatrième partie)

Le premier Congrès International de la Fleuvitude : automne 2016, à Bangui, République Centrafricaine

 

 

– Récemment, vous avez organisé la première Conférence sur la Fleuvitude, à Paris. Quels sont les résultats de votre échange avec le public ?

– Oui, c’était la première conférence sur la Fleuvitude à Paris en 2016 ; car, il y a eu une série de conférences et d’échanges sur la Fleuvitude, bien avant cette session de Paris, tenue à l’Espace des débats des éditions L’Harmattan, sis rue des Ecoles, près de la Sorbonne.

En fait, la Fleuvitude a été présentée officiellement au public dès la sortie, au mois de juin 2015, de mon livre Par les temps qui courent… au marché de la Poésie de Paris, Saint-Sulpice. Ensuite, j’ai tenu une conférence en milieu universitaire, à l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville, au mois de juillet 2015 ; puis deux conférences au Centre Culturel Russe de Brazzaville au même mois de juillet (où nous avons épilogué longuement sur la Volga russe) ; et puis encore une conférence, au mois d’août 2015, sur les lieux même où le Français le plus célèbre de l’Histoire de France tint, du 30 janvier au 8 février 1944 (en pleine deuxième guerre mondiale, s’il vous plaît, quand la France est occupée, Paris assiégé par les Nazis, Brazzaville devenue, comme le fleuve, LA CAPITALE DE LA FRANCE LIBRE), la Conférence de Brazzaville, à quelque dix mètres de distance seulement du Fleuve Congo (avec le dénouement que nous connaissons tous) ; lieux qui sont devenus, depuis 1968, le Centre de Formation et de Recherches en Art Dramatique (CFRAD) de Brazzaville, sous la gouverne du poète Maxime N’débeka, revenu dans cette salle après toute cette époque historique pour nous honorer.

Le point culminant de toute cette passionnante aventure fluvitudienne était bien entendu la 3ème édition du Salon du livre de Brazzaville, retrouvaille au cours de laquelle tous les Fleuvitudiennes et Fleuvitudiens s’étaient donnés rendez-vous pour étudier, pratiquer et enrichir le concept de la Fleuvitude, cinq jours durant, du 4 au 8 décembre 2015, à l’endroit même où l’explorateur français, de Brazza, avait, en octobre 1880, commencé son Brazzaville français. Alors, nous y étions, les deux rives du fleuve Congo réunies, entourées de tout le bassin du Congo, autour du thème général du Salon, à savoir, le Fleuve Congo et Nous. Ainsi, l’engouement du public, pour le thème de cette 3ème édition du Salon du livre de Brazzaville, nous a même révélés certaines pratiques fluvitudiennes bien millénaires, qui demeuraient encore enfouies dans les eaux profondes d’une Fleuvitude immanente, de par le Fleuve Congo, en les faisant remonter toutes en surface, grâce à la présence de poteaux historiques des pensées de Fleuvitude, notamment le Professeur Emérite congolais natif du village de Poto-Poto, Antoine Aïssi, pour ne citer que lui…, à la fois membre de la chorale historique Les Piroguiers de la Basilique Sainte-Anne de Brazzaville d’alors (invitée en France en 1959) et du Comité d’Histoire de la ville de Brazzaville. Et l’invitée d’honneur de ce salon du livre était, la poétesse Emile Flore-Faignond, l’incarnation de la Fleuvitude par excellence, du fait de son métissage physique et littéraire qui met en exergue ses origines Franco-Congolo-Belgo-Congolaises, que nous surnommons fleuvitudement « Faignond des deux rives » et « la Fleur des deux rives », dont le patronyme Faignond fait partie de l’Histoire du Congo, pays et fleuve, avec son île mythique ; pour bâtir des ponts culturels.

Enfin, j’ai clôturé l’année 2015, avec une conférence à Amiens (dont la Fleuvitude m’a ramené en mémoire Jules Verne, mais aussi la Somme, et la tragique Bataille de la Somme, cela va de soi) ; invité par l’association Lignes d’Ecritures, dans le cadre de son Festival littéraire Les Poètes n’hibernent pas.

Toute cette Fleuvitude bien salutaire, pour vous dire que la Conférence de Paris de juin 2016 a donc été notre première conférence officielle en 2016 ; et une conférence bien significative : parce qu’elle a symbolisé, en même temps, l’anniversaire de la Fleuvitude et la sortie du livre de critique littéraire de l’écrivaine Franco-Congolaise Liss Kihindou, Négritude et la Fleuvitude ; en présence du poète angolais Lopito Feijo, venu droit de son Angola natal pour des confluences culturelles sur Paris.

Au cours de cette conférence de Paris Quartier Latin, nous nous sommes tous rendus compte que la Fleuvitude est bel et bien une réalité universelle ; car, Européens ou Africains présents à cette conférence ont dû parler un même langage, en partant d’une même réalité abordée différemment : c’est cela que j’appelle par l’art des confluences et des synergies culturelles émancipatrices, qui fait jaillir des pensées actives, comme des flots et des jets d’eau. C’est clair : autrement, qui pouvait croire vraiment que Machiavel, Verlaine, Lamartine ou Alain Souchon… pouvaient bien être casés dans la Fleuvitude, grâce à leurs œuvres de l’esprit ?… Le Bateau ivre de Rimbaud n’est pas reste ; l’Anthologie Du Congo au Danube, c’est de la Fleuvitude pur jus, au sens physique et au sens artistique du terme. La Fleuvitude n’est pas une théorie africaine, noire ou panafricaine ; elle ne concerne pas que le Fleuve Congo duquel elle tire son origine, elle concerne toutes les sources, les rivières et tous les fleuves et les humains sur terre. Nous l’avons démontré lors de cette conférence… pour ne s’arrêter qu’à cela : le Congo, le Nil, le Sénégal, le Kwanza (qui a donné son nom à la monnaie angolaise)… l’Amazone, la Seine, la Volga, le Gange ou le Mississipi… ont été passés en revue… au travers, bien entendu, des œuvres de leurs évocateurs patentés, entre autres, Conrad, Hugues, Césaire, Senghor, Malonga, Kabasélé, Boukaka, U Tam’si, Tati-Loutard, Sony, Lopès, Dongala, Faignond

Enfin, une évidence s’est imposée : la tenue d’un premier Congrès International de la Fleuvitude, à l’instar du premier Congrès International des Ecrivains et Artistes Noirs tenue en 1956 à la Sorbonne, à Paris. Mais ce Congrès-ci se tiendra en Afrique, courant cette année 2016 même ; soit, 60 ans après le Congrès de la Sorbonne. Et la ville choisie pour l’abriter est Bangui, la capitale de la République centrafricaine, pays des confluences et de la Fleuvitude par excellence, qui a inspiré le roman Batouala, du Guyanais René Maran, publié en 1921. Tenez : la RCA est le seul pays sur terre, s’il vous plaît, à faire une place à tous les autres pays de la planète terre dans ses couleurs nationales ! Etonnant, non ? Un pays d’Afrique, qui fait converger sur lui tous les autres pays, comme son nom « Centrafrique » l’indique si bien. Un carrefour des confluences. Cela dit tout de la Fleuvitude, vous savez…

(à suivre)

Propos recueillis par Marilena Lica-Masala

Poète, prosateur, traducteur, interprète d’origine roumaine, Présidente fondateur de l’association LAM de FRANCE (Les Arts Mètis de France)

Paris, le 6 juillet 2016

Mise en ligne le 7 juillet 2016

 

 

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