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De la Fleuvitude – interview avec l’écrivain Aimé EYENGUE (2)

07 Juil

De la Fleuvitude

– Interview avec l’écrivain Aimé EYENGUE –

(deuxième partie)

Quelle est l’idée phare de votre concept ? Deviendra-t-il un mouvement international ? A qui s’adresse-t-il ?

– Si la Fleuvitude est perçue comme je la conçois pour ma part, c’est-à-dire la civilisation de l’Universel, cela suppose bien entendu qu’elle est déjà un mouvement international ; par le fait qu’elle concerne toutes les sensibilités culturelles et les œuvres de l’esprit de tous les pays ou de toutes les nations de la Terre ; étant donné que les œuvres de l’esprit n’ont pas de frontières ni de pays, comme le livre d’ailleurs… Mais au mot international, je préfère le mot Universel ; et, au mot Monde, les mots Humanité et Terre ; car, à mon entendement, le monde n’existe pas, c’est la Terre qui existe ; le monde n’a pas de racines, c’est la Terre qui a des racines : même le Fleuve, il sort bien de la Terre, l’espace de vie naturel des êtres humains, en partant de sa source.

La Fleuvitude s’adresse donc à l’Humanité tout entière, au genre humain. Comme j’aime à dire : la Fleuvitude sert à donner des couleurs aux Noirs et Blancs, c’est-à-dire à produire de la vie, de la vivacité par le métissage, le croisement, les confluences, des cultures et des Hommes… le plus naturellement possible, et dans la tolérance mutuelle, qui vient à bout du racisme et de tous ces « ismes » nocifs, asphyxiants et liberticides… 

Vous savez : si seulement les gens arrivent à ne pas se sous-estimer ou se brimer les uns les autres, sachant qu’un arbre ne pousse et ne tient jamais avec les racines d’un autre arbre, et, qu’ensemble, les arbres distincts contribuent à la même cause…, comme oxygéner la vie, alors, on respirera la justice, moins d’air pollué et plus d’air frais, facilitateur de la régénération de la vie… sociale, culturelle, politique, etc. ; alors qu’aujourd’hui encore le Fanatisme est l’opium de ceux qui ne veulent pas sortir de l’esclavage ou des flots sombres et obscurantistes de la Tyrannie de certaines personnes, pourtant êtres humains comme eux-mêmes, en les élevant au rang de Démiurges.

Ayant fait la sociohistoire des siècles derniers, je suis néanmoins très confiant et optimiste sur l’avenir de notre siècle, en dépit de la montée de la barbarie, ou des égoïsmes qui nourrissent toutes les formes du capitalisme sans cœur et vice-versa.

Vous savez, comme je l’ai fait savoir au cours d’un colloque universitaire auquel j’étais convié en 2014, à l’Université Simon Fraser (au Canada), j’ai fini par réaliser, à la suite de mes réflexions et observations sur l’action de l’Homme sur son environnement, ne serait-ce qu’au cours des trois derniers siècles, pour ne pas remonter plus loin, que le 18ème siècle était le siècle de la Pensée, le 19ème siècle était le siècle de l’Economie, le 20ème siècle était le siècle de la Politique et le 21ème est le siècle de la Communication, donc, le siècle de la Fleuvitude, et cela va de soi, du reste : le fleuve, qui sous-tend la Fleuvitude, étant le moyen de communication par excellence entre tous les humains, pour leurs pensées, leur négoce et leur politique…  Et c’est la Fleuvitude qui rétablira la Vérité, la Justice et l’Egalité entre les êtres humains, en ramenant tous les humains, même par l’esprit seulement, au moyen des convergences, vers l’Afrique-mère, le Berceau de l’Humanité, pour un vrai retour aux sources, un moment de vérité où chaque personne se retrouve face à lui-même, tout en étant face à l’autre, au détour d’un livre ou d’une rencontre réelle : c’est la « remobilisation des énergies » que le visionnaire baobab noir, nommé Césaire, a toujours souhaitée. On peut constater que cela a déjà commencé à se réaliser, dans les reconsidérations climatiques des humains, qui retournent vers le bassin du Congo pour préserver l’air frais de ce poumon droit de la Planète avant qu’il ne soit vraiment noirci, parce qu’ils se sentent en danger, même dans l’environnement supposé « sécurisé » et « nanti » qu’ils se sont bâtis grâce notamment  aux richesses acquises par la violence en Afrique. Alors, c’est aussi cela, le retour aux sources, qui devrait être fait en toute justice, et en toute équité, dans les règles de l’art et du bon sens, pour un juste retour des choses. Comme des lucioles au milieu de la nuit, nous tâcherons d’y veiller tous dorénavant.

C’est pourquoi, je pense vraiment que le 21ème siècle, c’est le siècle de la Fleuvitude ; et j’en suis convaincu ; car cela ne saurait être autrement d’ailleurs ; d’autant que la Fleuvitude suppose bien la communication, comme le fleuve ; la Fleuvitude est cet art du dialogue des cultures et de l’échange naturel qui sert à lever les équivoques, les malentendus et à surmonter les méfiances et les préjugés indéfendables ou infondés, qui n’ont simplement pas lieu d’être ou de persister entre les êtres humains, grâce à une communication réaliste et naturelle que je qualifie par la « communication du bon sens » ; le fleuve étant le bon sens même : nous savons tous que « les hommes naissent libres et égaux en droits », et qu’aucun être humain n’a quatre yeux, des yeux dans le dos ou une vie et demie ; ou encore que « L’homme naît bon mais c’est la société qui le corrompt », selon Rousseau. J’aime à le dire dans mes poèmes d’ailleurs, avec mes mots : Ne rasons pas les murs… car les temps sont mûrs : les temps sont sur les ponts et non derrière les murs… Et il est bien évident que c’est sur les rivières et les fleuves que l’on peut aisément construire des ponts et non sur les mers et les océans : en la matière, les Pays-Bas, en sont une illustration probante.

En effet, l’universalité de la Fleuvitude émerge de manière concrète dans la réalité culturelle de plusieurs communautés humaines, si ce n’est de toutes les communautés sur terre ; cela est manifeste notamment en France, où à peu près tous les grands pôles d’habitation ou de vie, bourg, bourgades, villes ou mégalopoles, sont édifiés autour des fleuves ou des rivières : notamment, deux Neuilly, en région parisienne, différenciées par deux fleuves distincts (la Seine et la Marne) : « Neuilly-sur-Seine » et « Neuilly-sur-Marne » ; il n’y a qu’à considérer également les découpages administratifs français pour se rendre à l’évidence : l’Ile-de-France, pour la région parisienne, qui n’est pas une île au sens propre du terme ; le département de « Seine-et-Marne » ; ou la Communauté d’agglomération « Paris-Vallée de la Marne » ; « Bretteville-sur-Odon » se différencie de « Bretteville-l’Orgueilleuse », par exemple ; « Condé-sur-Noireau » (le Noireau étant une rivière, affluent de l’Orne en Normandie)… Même au loin, sur les mers, aux Antilles françaises, notamment, avec des noms comme « Rivière-Salée », « Rivière-Pilote », « Grand’Rivière », « Le Lamentin », « Ajoupa-Bouillon » (en Martinique) ; « Trois-Rivières » (en Guadeloupe)… Le Québec aussi a une ville nommée « Trois-Rivières ». Et le nom « Québec » lui-même ?… On peut se rappeler tout simplement de l’origine du mot Québec, qui signifie « là où le fleuve se rétrécit » ; ou encore de l’influence du Fleuve Saint-Laurent dans toute la civilisation québécoise. Les noms « Rio Grande », « Rio do Norte », « Rio do Sul » et « Rio do Janeiro » parlent d’eux-mêmes. Ce sont là quelques évidences, qui servent à vérifier notre postulat universel principal sur la Fleuvitude, à savoir : Si tu vois un fleuve, c’est qu’un arbre n’est pas loin ; si tu vois un arbre, c’est qu’un homme n’est pas loin… situé sur les terres, aux environs des fleuves, rivières et sources… se servant des morceaux d’arbres, de l’eau et de la terre, pour bâtir sa demeure… ou un pont.

Grâce aux synergies interactives des réseaux sociaux, je suis en train de me rendre compte que l’appropriation du concept de la Fleuvitude, par les écrivains notamment, et les poètes surtout, s’est fait tout de suite : il y a plusieurs poèmes, voire des recueils de poèmes, qui circulent déjà sur la Fleuvitude, en partance de tous les continents. D’ailleurs, qui ne se sent pas concerné par l’enjeu de la mémoire, des souvenirs ; son arbre généalogique, son histoire personnelle, l’histoire de l’Humanité, la problématique de la mémoire ? C’est ce que veut dire la Fleuvitude. Même les personnes qui ne sont pas très proches des milieux littéraires se sentent très concernés par le concept : le Livre d’Or de la Fleuvitude, ouvert dès la première présentation du concept au grand public, m’instruit en cela. La Fleuvitude, une fois de plus, c’est la vie même : ne dit-on pas aussi que la vie n’est pas un long fleuve tranquille ou encore la vie est un long fleuve tranquille ? En France, il y a même un fleuve côtier qui s’appelle la Vie. Il se trouve en Vendée (Sourire).

(à suivre)

Propos recueillis par Marilena Lica-Masala

Poète, prosateur, traducteur, interprète d’origine roumaine,

Présidente de l’association LAM de FRANCE (Les Arts Mètis de France)

 

Paris, le 6 juillet 2016

Mise en ligne le 7 juillet 2016

 

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